[02] La démotivation

28 avril 2016
Proposée par Étienne Maclouf
Diffusée le(s) jeudi
17h à 19h

[02] La démotivation

Dans une économie moderne, telle que définie par Karl Polanyi1 , il faut soumettre l’ensemble de la société aux exigences des marchés autorégulateurs. Les postes et emplois à pourvoir n’ont donc aucune raison de correspondre aux attentes et besoins des individus qui les occuperont. En dépit d’un marché du travail très favorable aux organisations, la gestion des ressources humaines modernes, nécessaire pour satisfaire les besoins en « travail » au sein des organisations industrielles, déploie de nombreux outils destinés à motiver les individus. Le premier exemple est celui de la « rétribution », définie par Donnadieu comme étant un « système de représentations visant à orienter les comportements dans un sens voulu » 2 . Au fil du temps, les dispositifs de contrôle et de motivation prennent de l’ampleur : le travail se transforme et requiert un engagement subjectif croissant des individus.

[8:25]
Mathias Naudin, enseignant-chercheur critique en sciences de gestion, spécialiste de gestion des ressources humaines, enseigne le management auprès de jeunes qui se destinent à intégrer des services de gestion des ressources humaines. Ses recherches scientifiques l’ont amené à des découvertes étonnantes sur des principes de base de la gestion. Tout commence en thèse Cifre : Mathias Naudin est étonné de voir des collègues consultants s’effondrer en larmes dans les toilettes, et de nombreux autres visiblement très démotivés au travail. Il décide alors de s’intéresser à la démotivation afin d’interroger en profondeur l’un des plus anciens concepts de la gestion moderne : la motivation. Omniprésente dans le langage courant, la motivation n’a en réalité jamais été rigoureusement définie ni mesurée, et aucun lien n’a donc pu être établi formellement avec la performance, la satisfaction au travail, l’implication ou l’engagement… Pourtant, de véritables écoles théoriques vont se succéder : théorie des besoins, de l’auto-détermination, des attentes, de l’auto-efficacité…3
La conclusion de Mathias Naudin est sans appel : être démotivé, voire souffrir au travail est une réaction nécessaire. Il faut l’écouter comme un signal et se reconnecter à ses propres désirs et aptitudes, s’émanciper des contraintes sociales intériorisées et faire des choix en adéquation avec une réalisation de soi. Est-il si normal que cela que de devoir être « motivés » par des systèmes conçus pour cela, afin d’accepter et d’endurer nos activités professionnelles ?4

[1:18:00] Thomas Rozet,  ancien régisseur du son, a choisi de devenir maraîcher bio, illustrant ainsi les possibilités bien réelles de reconversion réussie pour celles et ceux qui souhaitent apprendre un nouveau métier.. Après 3 ans de formation professionnelle, il s’est installé avec son épouse dans la ferme « le Jardin des Solstices », à Saint-Vital en Savoie. Il explique les divers circuits de distribution courts qu’il utilise : vente à la ferme, marchés, le magasin de producteurs « Saveurs de nos fermes » à Faverge, des AMAP, une ruche. Il évoque aussi les techniques modernes qui permettent d’éviter le recours aux produits phytosanitaires, comme la solarisation pour préparer les sols avant la germination ou les filets de protection contre la mouche de la carotte. Avec l’association des Ateliers Paysans, il fabrique également ses propres outils de travail du sol et de protection des cultures.

 

Notes

  1. Polanyi, K. (1983). La grande transformation, Aux origines politiques et économiques de notre temps, Gallimard
  2. Donnadieu, G. (1997). Du salaire à la rétribution, Editions Liaisons.
  3. Naudin, Mathias (2013), « Aperçu des théories de la motivation », chapitre d’ouvrage in Michel Barabel, Olivier Meier et Thierry Teboul (mai 2013), Les fondamentaux du management, Paris, Dunod.
  4. Naudin Mathias et Fache Philippe (2016), « La formation professionnelle continue (FPC) comme dispositif de psycho pouvoir : entre formatage et logiques d’assujettissement ? », Revue Internationale de Psychosociologie et des Comportements Organisationnels (RIPCO), Vol. XXII- N°53, printemps 2016, pages 257-279.