[04] Paul Watson, portrait d’un éco-guerrier

11 mars 2016
Proposée par Julia
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[04] Paul Watson, portrait d’un éco-guerrier

A 65 ans, Paul Watson incarne ce que l’on pourrait appeler sans exagérer une légende vivante de l’écologie.
Considéré par certains comme un héros, par d’autres comme un pirate, voire un écoterroriste, Paul Watson n’est pas homme de compromis et une chose semble acquise, c’est qu’il ne peut laisser indifférent.
S’il compte parmi les membres fondateurs de Greenpeace, l’organisation activiste — jusqu’à un certain point — n’apprécia qu’un temps ses méthodes jugées par trop radicales et prit ses distances avec lui, le taxant, au final, « d’opportuniste extrémiste et ingérable ».
Divorce consommé et pleinement assumé des deux côtés, puisque Watson aime à décrire Greenpeace comme la « dame tupperware de l’écologie », « conservatrice » et devenue « l’un des grands acteurs du business de la bonne conscience dans le monde ».

 

Intervention dans les eaux libyennes contre les pêcheurs de thons rouges.

Pour poursuivre son action à sa manière, c’est-à-dire façon « tolérance zéro », Watson fonda en 1977 la Sea Shepherd Conservation Society (Sea Shepherd signifiant « berger des mers »), une ONG de défense des animaux marins qui se distingue par ses méthodes peu orthodoxes, pour ne pas dire franchement radicales.
S’il existe bel et bien des règles de droits régissant la protection de la vie marine, du moins sur le papier, Watson s’est donné pour mission de les faire appliquer coûte que coûte, en pourchassant les contrevenants et autres braconniers, quelle que soit leur nationalité, à travers tout ce que le globe compte de mers et d’océans, et en usant de tous les moyens disponibles : campagnes médiatiques appuyées par des personnalités très en vue, mais également espionnage, abordages, sabotages et sabordages dignes de Jack Sparrow…

 

Lancé de bouteilles d’acide butyrique (beurre rance) contre un baleinier japonais. Technique que Sea Shepherd a décidé d’abandonner en 2010.

S’il ne cache pas sa fierté d’avoir réussi à envoyer par le fond une dizaine de navires baleiniers sans jamais avoir fait la moindre victime (humaine s’entend, les dégâts matériels, il s’en contrefiche), vous l’aurez deviné, Paul Watson, n’a pas que des amis.
Au sein même du petit monde de l’écologie, certains considèrent que ses méthodes d’action directe desserviraient la cause, en ruinant toute possibilité de négociation avec la partie adverse.
Sous la coupe de deux mandats d’arrêt — l’un provenant du Japon pour « conspiration d’abordage », l’autre du Costa-Rica pour « mise en danger de la vie d’autrui » — fiché sur la liste rouge d’Interpol (la pire, celle qui concerne les criminels et les fugitifs), Watson s’est réfugié en France en juillet 2015 et ne peut désormais plus prendre la mer au risque de se faire arrêter.
Leader charismatique ou gourou, selon les points de vue, celui qui exige de ses équipages qu’ils ne mangent ni viande ni poisson et surtout qu’ils s’engagent, document écrit faisant foi, à risquer leur vie pour sauver celle des baleines, peut toujours compter sur une armée de bénévoles prêts à en découdre pour sauvegarder la vie marine.

 

Sea Shepherd face aux canons à eau des baleiniers japonais.

En 2000, le Time magazine a désigné Paul Watson comme l’un des héros écologistes du XXe siècle, et en 2008, c’est le très sérieux quotidien britannique The Guardian, qui l’a cité comme l’une des 50 personnalités qui pourraient sauver le monde…

 

 

 

 

 

Aller plus loin…
Earthforce. Manuel de l’éco-guerrier, capitaine Paul Watson, éd. Actes Sud, 2015.
Capitaine Paul Watson. Entretien avec un pirate, Lamya Essemlali, éd. Glénat, 2012.
Le site de Sea Shepherd France