[02] Entreprendre sans détruire avec Emmanuel Druon

18 mars 2016
Proposée par Julia
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[02] Entreprendre sans détruire avec Emmanuel Druon

Les histoires de patrons sans foi ni loi qui n’ont d’autre objectif que le profit coûte que coûte et vogue la galère, on les connaît par cœur. Or, il en est d’autres, moins connues — des fois qu’elles nous donneraient envie de rebondir — et c’est précisément l’une de celles-là qu’on voulait partager avec vous, en ces temps de « morositude » méchamment contagieuse…

 

C’est l’histoire d’un homme aux desseins atypiques au vu des principes qui régissent l’économie d’aujourd’hui.
C’est l’histoire d’une vraie réussite, globale, puisque cet homme a su relever le défi de sauver une entreprise au bord de la faillite, tout en l’inscrivant dans une logique véritablement vertueuse et durable.
La pénibilité du travail a été réduite et l’outil de production assaini. Comprenez par là que les employés ne sont plus contraints de s’empoisonner 8 heures par jour pour gagner leur vie… à la perdre. Ce qui n’est pas si fréquent dans les usines…
Quant au cadre, à l’environnement de travail — c’est important aussi — il a non seulement été amélioré, mais tout, absolument tout, a été repensé pour réduire au maximum l’impact de l’entreprise sur l’environnement en parvenant, et c’est là où beaucoup y voient un exploit, à la rendre rentable…

 

« Pourquoi se comporter comme un primate au nom de l’entreprise? »

Cet homme, c’est Emmanuel Druon, le verbe haut et la cinquantaine sémillante.
Paraphrasant l’astrophysicien et écologiste Hubert Reeves, Emmanuel aime à dire : « L’homme a l’art, la science et l’empathie. Alors pourquoi se comporte-t-on comme un primate au nom de l’entreprise? Tout ça pour des shampoings? ».
Son premier job, celui qu’il a quitté sans regret, il l’a eu chez L’Oréal, en 1988.
L’avantage, il y en avait quand même un, c’est qu’il en a gardé une vision très claire de ce qu’il ne voulait plus faire.
Reconverti chef d’entreprise dans l’urgence, pour sauver l’usine subclaquante de son paternel, Emmanuel a su joliment redresser la barre en revisitant de fond en comble les principes de l’entreprenariat.
Sa société, Pochéco, emploie aujourd’hui 122 personnes et fabrique 2 milliards d’enveloppes et de pochettes par an, à Forest-sur-Marque, dans cette belle région du  » Ch’Nord  » où l’emploi est devenu presque aussi rare que le bon sens chez nos hommes politiques.

 

Produire autrement: du bon sens, what else?

Le bon sens, c’est précisément ce qu’Emmanuel Druon revendique, ni plus ni moins, quand on lui demande comment il a réussi à insuffler un tel changement de cap, et surtout de modèle, à son entreprise.
Parce que les néologismes font recette et que l’économie telle qu’on la connaît, ça ne fait plus vraiment rêver (sauf quelques irréductibles), il a repris à son compte le concept d’« écolonomie », inauguré par l’ex-ministre de l’environnement Corinne Lepage.
Alors, l’écolonomie c’est quoi? Au-delà de la fusion — plus ou moins heureuse — des termes économie et écologie, c’est l’idée qu’il est moins coûteux — et donc plus rentable — de produire, lorsque l’on respecte l’environnement.
De l’économie propre, quoi! Réfléchie, pensée, pas juste une activité dont l’objectif de rentabilité nécessaire, mais certainement pas suffisant, justifierait tout, n’importe quoi et à n’importe quel prix. Non! Une économie qui prendrait autant en considération les moyens que la fin, comme la partie d’un tout qu’il convient de ne pas trop malmener, si l’on veut que la partie en question subsiste.
Dingue, non?

 

Pochéco: un exemple d’utopie concrète

Pour ce faire, depuis son arrivée chez Pochéco en 1997, Emmanuel Druon a fait réaliser toutes sortes d’aménagements pour réduire l’impact écologique de l’activité de l’entreprise. Cela se traduit par des toitures végétalisées qui améliorent l’isolation du bâtiment, la récupération des eaux de pluie (qui couvre désormais 80 % des besoins hydriques de l’entreprise), des compresseurs dont la chaleur dégagée est réutilisée pour le chauffage, des matières premières haute qualité et non toxiques pour réduire la gâche et préserver la santé des employés, et même une bambouseraie qui, telle une station d’épuration naturelle, nettoie les eaux souillées par les encres d’impression, quand elle ne sert pas à alimenter la chaudière à bois.
Pas de secret extraordinaire donc, ni d’innovation à proprement parler visionnaire, pas de recette magique, juste l’idée de tirer le meilleur parti possible des contraintes existantes et d’envisager les déchets, non pas comme une source incompressible d’enquiquinements qu’on préfèrerait enterrer, ni vu ni connu, dans la cour de l’usine, mais comme des ressources gratuites et immédiatement disponibles.
Certains appellent ça de l’économie circulaire, d’autres du bon sens…

 

asso.libre-a-toi.org - via Iframely

 

Enthousiasmés par ce discours, suivi, une fois n’est pas coutume, de sa traduction en actes tangibles, nous nous sommes rendus à la conférence donnée par Emmanuel Druon, lors du jeune et prometteur festival « La quinzaine des possibles », dont c’était cette année la deuxième édition.
Cette conférence prend la forme d’un dialogue avec une jeune libraire de 25 ans, Célia, qui s’interroge sur la façon de s’approprier le concept d’écolonomie, quand on démarre dans la vie, la tête pleine de rêves et les poches vides…

 

Aller plus loin…
Emmanuel Druon raconte son parcours et son expérience dans plusieurs livres : Ecolonomies, entreprendre et produire autrement (éd. Pearson, 2012), le Syndrome du poisson lune (éd. Actes Sud, 2015), et enfin, Ecolonomie, entreprendre sans détruire (éd. Actes Sud, 2016).
Vous pouvez également le retrouver dans le film Demain! réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent, et césar 2016 du meilleur documentaire.