Le paludisme vaincu grâce à l’open-source ?

Publié le: 28 juillet 2016

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Malaria Box

La recherche collaborative est efficace. Un consortium mondial de chercheurs a décidé d’unir ses forces pour mettre au point un traitement open Source contre le paludisme. Leurs travaux paraissent ce jour dans PLoS Pathogens, revue scientifique de référence en accès libre. Une première mondiale. Et après ?
 

L’histoire commence fin 2011. La Fondation suisse Medicines for Malaria Venture (MMV) 1 distribue alors gratuitement à 200 laboratoires dans 30 pays, une « Malaria Box », c’est-à-dire un kit contenant pas moins de 400 composés chimiques présentant une activité antipaludéenne. Un tiers des laboratoires publie aujourd’hui leurs résultats dans un article de PLoS Pathogens, intitulé «  Découverte de médicaments open source parmi les composés de la Malaria Box pour les maladies négligées et au-delà ».
 
« Le procédé a permis non seulement d’identifier des composés intéressants pour la mise au point de médicaments antipaludiques, mais aussi des composés permettant de traiter d’autres parasitoses et même le cancer », a déclaré le principal auteur Wesley Van Voorhis, professeur de médecine spécialisé dans les allergies et les maladies infectieuses à l’Université de Washington et directeur du Centre de Recherche sur les maladies infectieuses émergentes et ré-émergentes, qui a pris un congé sabbatique pour aider à mener à bien le projet.

Une première mondiale
Comme le rappellent les chercheurs dans leur article, le frein majeur à l’innovation pharmaceutique est le manque d’interaction entre le monde universitaire et l’industrie. « Si les recherches en biologie se font principalement à l’Université, la mise au point des médicaments relève en grande partie de l’Industrie. La découverte de médicaments Open-Source est manifestement une première étape en vue de surmonter cette lacune », écrivent-ils. C’est aussi une première mondiale, les médicaments étant habituellement soumis au droit des brevets, et donc à l’exclusivité d’exploitation des firmes qui les ont déposés. Même si un médicament finit toujours par tomber dans le domaine public (en général une dizaine d’années après sa mise sur le marché), et qu’un gouvernement peut toujours obliger une firme à le produire à bas coût si nécessaire, le déposer d’emblée dans le domaine public ne peut qu’être une démarche en facilitant la production.

D’autres médicaments open source à venir
MMV a poursuivi l’aventure avec une Pathogen Box distribuée aux laboratoires scientifiques du monde entier. Plus d’une douzaine de projets de développement de médicaments sont déjà en cours. « L’Institut national américain du cancer travaille actuellement sur un médicament contre le cancer du côlon, lui aussi découvert par ces recherches collaboratives» précise Wesley Van Voorhis. Des recherches dans lesquelles plusieurs laboratoires européens et de nombreux laboratoires américains se sont investis, ainsi que les sociétés pharmaceutiques GSK et Novartis…

Et après?
Mais la recherche Open Source ne résout hélas pas tout. Un médicament en open-source, très bien. Reste à réaliser les essais cliniques qui permettront de l’autoriser sur le marché (soit encore quelques années de recherche). Et à savoir quelle industrie pharmaceutique en assurera la fabrication. Car un médicament n’est pas comme une recette de cuisine : sa production doit suivre des normes strictes. On est bien loin d’en être au médicament DIY* (Do it Yourself) !
Et puis, ce n’est pas pour être rabat-joie, mais le paludisme concerne trop de personnes dans le monde (214 millions de personnes atteintes en 2015 et quelques 3,5 milliards de personnes exposées dans le monde, selon l’OMS) pour qu’une production suffisante de médicaments puisse être assurée par une industrie pharmaceutique. Qui plus est, les personnes atteintes, dont beaucoup vivent en Afrique Sub-saharienne sont très pauvres. Auront-elles seulement accès à ce médicament ?

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Notes

  1. La MMV est une fondation de droit suisse créé en 1999 et basée à Genève. Elle repose sur un partenariat public-privé à but non lucratif , avec des partenaires chez Novartis, GSK ou Sanofi-Aventis . Elle est financée par d’autres fondations privées (Fondation Bill & Melinda Gates ou le Wellcome Trust), des industriels (ExxonMobil’s) et des fonds gouvernementaux (USA, Espagne, Australie…). Elle a dès 2010 soumis les projets qu’elle finance à une obligation de publier les résultats en OpenSource, et donc à les placer dans le domaine public, qu’il s’agisse de GlaxoSmithKline (GSK) qui avait identifié de nouvelles molécules anti-paludéennes ou de Novartis, dont l’institut de génomique de sa fondation pour la recherche (GNF), avait testé des composés. 20 000 composés actifs ont été placés ainsi dans le domaine public, pour la communauté des chercheurs d’antipaludéens.