Le panoptique de Bentham

Publié le: 23 mai 2016

Auteur(s): Olivier Griéco

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panoptique

L’architecture carcérale conçue par Jérémy et Samuel Bentham à la fin du XVIIIème siècle et adoptée par l’institution pénitentiaire figure « Le dispositif panoptique [qui] aménage des unités spatiales qui permettent de voir sans arrêt et de reconnaître aussitôt. En somme, on inverse le principe du cachot ; ou plutôt de ses trois fonctions – enfermer, priver de lumière et cacher – on ne garde que la première et on supprime les deux autres. »1
 
Il est compréhensible à la lecture du descriptif que Foucault propose d’un dispositif panoptique, qu’il initie au cœur de l’univers carcéral, une relation de pouvoir nourrie d’une captation de l’intime. En parallèle, il renverse les schémas standards de son identification et le pouvoir, ici détenu par l’institution, n’est désigné que par le lieu de son exercice. On saisi alors parfaitement en quoi « Le panoptisme n’est pas une mécanique régionale et limitée à des institutions. » 2
 
Et en effet, s’il est souvent désigné comme la figure emblématique du pouvoir disciplinaire, le panoptique, élément du panoptisme, – notion qui désigne le projet utilitariste de Jérémy Bentham – vise en réalité à instaurer un dispositif de contrôle social de grande ampleur qu’il défini comme permettant le « plus grand bonheur du plus grand monde ». Si Foucault associe bien l’introduction du panoptique dans l’univers carcéral à un bouleversement des techniques disciplinaires en tant qu’elles privatisent la sanction jusqu’alors exécutée sur la place publique en manière de démonstration, il l’analyse surtout comme la marque d’un tournant de la société contemporaine. Ainsi, on lira page 238 que le Panoptisme est « une formule politique générale qui caractérise un type de gouvernement »
 

Résumons.

Le panoptique est un dispositif architectural appliqué aux espaces propriété d’une institution naturellement identifiée comme initiatrice de mécaniques disciplinaires. Le panoptique introduit également une nouvelle forme de relation de pouvoir qui en élude les figures détentrices ; celui objet de la surveillance devient le seul visible tandis que celui qui l’exerce s’efface. L’accent devant être mis sur sa fonction dissuasive, la sanction se passe de toute démonstration tandis que la surveillance ainsi que les contraintes qu’elle impliquent sont directement intériorisées.
 
C’est vrai, l’univers panoptique s’est transposé au sein d’autres espaces disciplinaires que la prison, les écoles ou autres (!) maisons de redressement. Une conclusion rapide en bornerait donc l’impact aux seules institutions initiant par nature, une relation disciplinaire et dont la forme, nouvelle, serait celle-ci depuis la fin du XVIIIème siècle.
 
Pourtant, cette privation de l’intime se généralise à la société entière via le déploiement des systèmes de vidéos surveillance et interroge au fond, les capacités de résistance d’une population ou des individus qui l’a compose. De même qu’en est-il de sa valeur quand l’anonymat devient impossible ?
 
Rappelons-nous le 1984 d’Orwell et l’anéantissement moral du héros qui prend conscience que le dispositif disciplinaire que figure Big Brother commande également les espérances de rébellions et de renversement.
 

Notes

  1. M. Foucault, surveiller et punir, naissance de la prison moderne, 1975. p.233-34
  2. M. Foucault, surveiller et punir, naissance de la prison moderne, 1975. p. 238